Mon mari voulait acheter un bateau…

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« Mon mari voulait acheter un bateau… »

Et comme souvent, tout a basculé en quelques minutes. Pas à cause des moteurs, ni du prix. Juste à cause de ce qu’on ressent en montant à bord.

Je n’ai rien contre les bateaux, hein. L’idée me plaît vraiment. Partir pour la journée, trouver une crique, manger tranquille, profiter du soleil… c’est exactement ce que j’aime. Donc quand mon mari m’a dit qu’il voulait aller visiter ce bateau, j’étais partante. Curieuse, même.

Sur internet il faisait bien. Les photos étaient propres, la lumière était bonne. Pas extraordinaire, mais suffisant pour avoir envie d’aller voir. Je me suis dit pourquoi pas.

On arrive. Le bateau est à quai. Je regarde. Il est correct. Pas laid, pas beau. Neutre. Ce n’est pas lui qui va me faire rêver, mais bon, ça ne veut rien dire encore.

On monte à bord.

Et là, dès les premières secondes, je sens que quelque chose cloche. Pas sale, pas propre. Ce niveau intermédiaire qui dit très clairement que personne n’a pris le temps de préparer quoi que ce soit. Les surfaces ne sont pas nettes, les coussins sont fatigués, les détails ne sont pas soignés. Et sans même m’en rendre compte, j’ai pensé : c’est moi qui vais devoir m’en occuper.

À partir de là, le bateau a changé de statut dans ma tête. Il n’était plus un plaisir possible. Il était devenu une corvée en perspective.

On entre à l’intérieur. Et là c’est pire. Des affaires partout. Des objets personnels, des trucs laissés en vrac, comme si le propriétaire était juste sorti acheter du pain. Je ne visitais plus un bateau à vendre. Je visitais l’appartement de quelqu’un que je ne connais pas.

Dans cet état, impossible de se projeter. Tu ne t’imagines pas y poser tes affaires, tu ne t’imagines pas y passer un week-end. Tu regardes, mais tu restes en dehors. Comme si on te demandait de visiter une maison habitée sans qu’elle ait été rangée pour l’occasion.

Et puis il y avait une odeur. Rien d’agressif. Juste ce fond de renfermé, discret, qui s’installe. Ce genre de truc, tu ne le raisonnes pas. Ça reste.

Ce n’était pas un mauvais bateau, objectivement. Les volumes étaient là, l’agencement était correct. Mais il ne donnait pas envie. Et c’est là que tout se joue.

Mon mari, lui, regardait la motorisation, l’état général, le carnet d’entretien. Il évaluait. Moi je cherchais juste à savoir si j’avais envie d’être là. La réponse était non.

Je lui ai dit : « Oui, il est bien. » Puis j’ai ajouté : « Mais je ne me vois pas trop dedans. »

Il n’a pas insisté. Il a compris. On est repartis sans faire d’offre.

La chose étrange, c’est qu’avec très peu de choses ça aurait pu être complètement différent. Enlever les affaires personnelles, faire un vrai nettoyage, traiter cette odeur, changer les coussins ou juste les laver, ranger l’intérieur… ça n’aurait pas coûté grand-chose. Et ça aurait tout changé.

Je ne cherche pas un bateau parfait. Je ne lis pas les fiches techniques. Je cherche juste un endroit où j’ai envie de rester quelques minutes de plus. Un endroit où je me dis naturellement : oui, ici je pourrais être bien.

Ce jour-là, cette sensation n’était pas là. Alors on a cherché ailleurs.

— Marie Laure

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